Catherine PINON
Présentation
Professeure agrégée d'arabe, docteure en linguistique arabe, mes recherches s'articulent autour de trois axes : Présentation du parcours de formation et du parcours professionnel J’ai suivi dès l’entrée à l’université un double cursus en langue arabe et en sciences du langage. À l’issue de la Licence, j’ai opté pour une spécialisation en linguistique arabe tout en préparant les concours d’enseignement de la fonction publique. En 2007, j’ai été reçue major au CAPES d’arabe et j’ai obtenu un master en linguistique arabe. En 2009, j’ai été reçue 3ème à l’agrégation d’arabe et j’ai obtenu une allocation de recherche pour effectuer ma thèse de doctorat, sous la direction du Professeur Pierre Larcher (AMU, DÉMO), soutenue en 2012. Ma présence au sein d’établissements d’enseignement n’a pas interrompu mon travail de recherche, elle a au contraire mené à une réflexion continue donnant lieu à des activités de recherche régulières (communications, publications). L’étude approfondie de la langue arabe, notamment pour me préparer à l’épreuve de linguistique de l’agrégation, m’a confrontée à différentes problématiques d’ordre sociolinguistique : la pluriglossie de l’arabe, la dialectologie, l’étude des variations, les notions de linguistique historique, d’arabe moyen et de moyen arabe. J’ai rapidement enrichi ces apports théoriques par une pratique de terrain dans le monde arabe (en Tunisie et au Liban où j’ai résidé, ainsi qu’en Syrie, Jordanie et Égypte) où j’ai ponctuellement séjourné pour des stages de langue et des missions de terrain). Les usages réels de cette langue, en France comme dans le monde arabe, entrent souvent en confrontation avec ses représentations : langue sacrée, langue difficile, langue unique vs langues plurielles, tous ces qualificatifs nourrissent des débats idéologiques et socio-politiques très différents que j’intègre dans mes recherches. Mon expérience de professeur d’arabe, dans le secondaire et le supérieur, a renforcé mon intérêt pour l’ensemble de ces questions. En effet, le public des cours d’arabe au collège, au lycée et en Licence LLCER arabe, peut être considéré comme particulier pour différentes raisons. Dans le secondaire, de nombreux élèves étrangers à qui il faudrait dispenser un enseignement de FLE sont accueillis ; les élèves n’ayant aucun lien avec la culture arabe ou musulmane sont rares, ce qui explique une certaine ghettoïsation du cours d’arabe et la réticence de certains chefs d’établissements à accueillir cette option dans leur établissement ; de plus, il a été montré par certaines études de neurosciences cognitives que le niveau scolaire général des élèves arabisants, en particulier leur niveau en lecture et écriture du français, est bien inférieur aux moyennes nationales, ce qui amène l’enseignant à développer des outils adaptés. À l’Université, les étudiants arabisants de L1 proviennent certaines années à 75 % des filières professionnelle et technique. Cette expérience professionnelle m’a considérablement ouverte aux problématiques liant langue et société, en particulier en France et au Liban : dans l’exercice de mes fonctions actuelles, je suis au quotidien confrontée de manière très concrète aux questions d’identité et d’inégalités, qui se manifestent à travers les usages des langues, mais qui sont intimement liées aux questions de société et de politique éducative. Ce sont toutes ces situations liées à l’arabophonie qui m’ont permis de développer dans mes recherches l’importance d’une approche sociolinguistique de ces situations et des faits de langue que j’ai observés et décrits. Présentation des activités d’enseignement Depuis 2007, je n’ai jamais cessé d’enseigner. Mon expérience d’enseignement dans le supérieur (environ 750 heures) m’a permis de découvrir des publics variés aux profils et aux attentes très différents (étudiants de licence, étudiants étrangers, adultes en formation continue ou impétrants aux concours de l’enseignement), m’amenant chaque fois à adapter ma démarche et mes outils pédagogiques. J’ai conseillé les L1 dans le choix de leurs options, je me suis adaptée à des étudiants en situation de handicap, j’ai alimenté les différentes plateformes en ligne (Claroline, puis Moodle), j’ai participé à des séminaires de recherche, organisé des formations pour les doctorants et géré des groupes de 180 étudiants : l’aspect pratique de l’enseignement à l’université m’est acquis par une expérience variée. Dans mes cours de langue arabe, j’attache une place centrale au contexte, animée par le souci de transmettre au plus juste la réalité de la langue. Le contexte permet d’introduire la dimension pragmatique, élément essentiel dans l’explication de la variété des faits de langue. J’insiste de même sur les variations inhérentes aux langues vivantes, qu’elles soient diastratiques, diatopiques, diaphasiques, génériques ou stylistiques. Je montre aussi comment les grammaires influencent nos représentations des langues sans toujours décrire ces dernières de manière adéquate. Ma posture face à la langue arabe est tout à la fois variationniste et interactionniste (au sens large), deux approches pour moi non pas contradictoires, mais complémentaires. Les variations ne sont ni figées, ni ne proviennent d’une origine unique et il est intéressant de voir comment les différentes catégories se (co-)construisent et évoluent en situation en fonction du contexte. Ce que provoque le contact des langues est au cœur de mes intérêts. C’est en cela, notamment, que mes recherches peuvent apporter une contribution aux réflexions dans le domaine de la sociolinguistique. Enfin, en tant qu’enseignante, j’ai à cœur de transmettre des connaissances de manière minutieuse, mais adaptée à mon public. C’est pourquoi j’ai un grand intérêt pour la conception de matériel pédagogique (manuels, cahiers pratiques, matériel de manipulation, jeu éducatif). Ce devoir de transmission ne s’arrête pas simplement à la formation en langue arabe des étudiants. J’attache aussi une grande importance à l’encadrement des professeurs stagiaires de l’Inspe et je propose régulièrement auprès de mes collègues du secondaire des présentations autour de la situation linguistique réelle de nos élèves afin d’éviter des parcours scolaires incohérents. Présentation des activités de recherche Après un double cursus en langue arabe et en sciences du langage, j’ai choisi de consacrer mes travaux de recherche de master et de doctorat à la linguistique arabe. J’ai commencé par proposer des études descriptives à partir de corpus de l’arabe classique (M1 et M2). C’était un travail formateur au niveau méthodologique et intéressant pour approfondir ma connaissance de la langue ; cependant cette manière d’appréhender la langue ne me satisfaisait pas, étant déconnectée des contextes réels d’usage de l’arabe. Pour la thèse, j’ai donc voulu observer la langue arabe contemporaine, ce qui m’a amenée à concevoir un corpus plurigénérique et “pluridiatopique” et à me former aux outils de statistique textuelle pour être en mesure d’extraire les données à analyser du corpus. J’ai travaillé sur le verbe kāna, outil permettant l’expression du temps et des modalités en arabe. Ce choix me permettait d’aborder à la fois une étude descriptive de la langue, tout en y intégrant largement le contexte pour étudier comment syntaxe, sémantique et pragmatique étaient liées dans la production du sens. Parallèlement à l’étude du système linguistique, je m’interrogeai sur sa description dans les grammaires. C’est la comparaison de ces descriptions, confrontées aux données recueillies au cours de ma recherche, qui m’a amenée à m’intéresser à la transmission de la grammaire de l’arabe, m’ouvrant ainsi à l’épistémologie de la transmission des connaissances linguistiques et grammaticales arabes. Aussi, je cherche toujours à analyser les liens que le système de la langue décrit dans les grammaires ou observé à partir de corpus entretient avec les usages langagiers réels des locuteurs réels. Cette recherche théorique a toujours été motivée par mon expérience professionnelle et mise en relation avec l’enseignement/apprentissage de l’arabe langue étrangère. M’efforçant de proposer un enseignement “réaliste” de l’arabe, j’ai été amenée à m’interroger sur les pluriglossies de l’arabe. Tout en continuant d’observer le système linguistique de l’arabe, je souhaite approfondir dans mes recherches l’étude des usages sociolinguistiques de l’arabe dans le contexte mondial actuel et en France en particulier. Au Liban, un pays-terrain en ce qui concerne le contact des langues, j’ai travaillé avec V. Traverso (DR, ICAR) sur le programme de recherche AraPI (« arabe parlé en interaction », collaboration CNRS France, Université Libanaise et Université Américaine de Beyrouth) qui a abouti à l’élaboration d’une convention de transcription pour l’arabe parlé en interaction. J’ai aussi découvert et pratiqué le “pidgin madame”, arabe parlé par les travailleuses domestiques sri lankaises, par le biais d’un programme d’accompagnement à la prison pour femmes de Beyrouth. Langue du travail pour les travailleurs immigrés, l’arabe est aussi au Liban “l’anti-langue” identitaire. En France, cette langue cristallise des points de vue totalement opposés, allant d’une ouverture culturelle au rejet identitaire. Ces confrontations à des situations originales et concrètes de l’usage de l’arabe ont renforcé mon intérêt pour l’étude de cette langue dans la diversité de ses dimensions sociales. Domaines de recherche Mes recherches se situent à un carrefour interdisciplinaire mêlant linguistique descriptive (en particulier sémantique, syntaxe et pragmatique), sociolinguistique, épistémologie, méthodologie et didactique des langues étrangères.
Publications
Publications
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Parcours d'arabisant, parcours du combattant. Quelle place pour les arabisants en France ?Quelle place pour la langue arabe en France ? Journée d'étude, CAREP Paris en partenariat avec le Département d'études arabes, INALCO, Mar 2025, PARIS, France |
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Ce que l'enseignement de l'arabe en France doit à ses enseignants : une analyse pratique et polémologiqueLa langue arabe en France au prisme du politique Constructions, circulations et mutations des imaginaires hier, aujourd’hui et demain, Université Grenoble Alpes; LIDILEM; ILCEA4, Dec 2024, Grenoble, France |
Enseigner la langue arabe avec le numérique : contraintes logicielles et réalités matériellesApport du multimédia à la traduction et à l’enseignement-apprentissage de langues minorées, Université Rennes 2; LIDILE, Dec 2022, Rennes, France |
L'Arabe dans tous ses états ! La MéthodeEllipses, 2022, 9782340069848 |
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Savants, amants, poètes et fous : séances offertes à Katia ZakhariaOuvrages hal-02549355v1 |
Corpus d’arabe parlé (3) : choix pour la notation des sons et des phénomènes dans la réalisation de corpus d’arabe parlé2019 |
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Corpus d’arabe parlé (4) : la convention de transcription ARAPI pour l’arabe parlé en interaction2019 |
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Transcription de corpus oraux d’arabe parlé en interaction. Convention AraPI et annexes.2019 |
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Guide d'utilisation du logiciel Lexico3 appliqué à la langue arabe2010 |
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La nébuleuse de kān : classification des différents emplois de kāna/yakūnu à partir d'un corpus d'arabe contemporainLinguistique. Aix-Marseille Université (AMU), 2012. Français. ⟨NNT : ⟩ |